Objets fabriqués par des anciens
Des objets ont été fabriqués par les internés résistants dans le camp même de Rawa-Ruska et rapportés en France. D’autres ont été fabriqués après leur retour des camps. Ces objets montrent la créativité, l’inventivité, la débrouillardise de nos Anciens, mais aussi leur volonté de ne pas oublier.
En voici quelques-uns avec leur histoire.
Nous pensons qu’il en existe d’autres. Si vous en possédez, que vous connaissez leur histoire, nous vous serions reconnaissants de les prendre en photos, de faire un commentaire et de nous les faire parvenir afin de les publier sur ce site.
Pour nous adresser vos renseignements : rawa-ruska-bretagne@hotmail.fr
Objets fabriqués en captivité
Maurice RAUDE ajusteur de métier, a gravé, avant sa captivité à RAWA RUSKA lorsqu’il nourrissait ses rêves de liberté et d’évasion, ce briquet. On y voit les maillons d’une chaine symbolisant ses années de captivité et un soleil.
Quand l’art et l’amitié triomphaient du désespoir et de la haine.
Notre père Maxime, Jean Coiffard né le 15 décembre 1913 à Mouthiers sur Bohème, décédé le 21 décembre 1998 à Fougères, a été interné à Rawa-Ruska du 4 juillet 1942 au 8 mars 1943 sous le matricule 17 233 VI D.
A nous ses filles, il a peu parlé de ses propres souffrances pendant toute la guerre, mais beaucoup des horreurs du nazisme, et de l’importance des relations humaines pour le combattre.
Grand fumeur, il était particulièrement attaché à la très belle pipe que lui avait gravé un ami à Rawa-Ruska, pipe que nous avons soigneusement conservée après son décès.
Nous ne connaissons pas le nom de l’auteur de la pipe, mais peut-être une famille reconnaîtra un épisode qu’elle même aurait entendu raconter, ou reconnaîtra le style de travail d’un père, grand-père… auquel cas nous serons heureuses de connaître son nom par l’intermédiaire de l’association, qui a entrepris un si utile devoir de mémoire, et nous sommes heureuses de partager cette photo avec les lecteurs de la revue.
Geneviève Coiffard, pour les cinq filles de Maxime : Françoise, Marie-Thérèse, Yvette, Geneviève et Suzanne
Le métier de Marcel avant la guerre était charpentier de marine.
Dans quel camp s’est passé l’événement en rapport avec la maquette ? Peut-être à Oberleutensdorf en Bohême, où le travail de terrassier était éreintant ?
Marcel ne parlait pas de ses souffrances mais il racontait fréquemment des anecdotes de ses années de captivité, souvent divertissantes pour ne pas heurter la sensibilité de ses interlocuteurs, surtout en présence d’enfants.
Telle celle de la fausse tablette de chocolat échangée à un Allemand contre un paquet de cigarettes, une tablette à l’apparence trompeuse dans son papier d’argent mais qui n’était autre qu’un morceau de bois consciencieusement strié en carrés au couteau.
Ou celle de l’horloge de l’usine, placée en hauteur, dont il avançait subrepticement les aiguilles avec le manche d’un balai pour finir plus tôt… jusqu’à ce qu’il fût pris en flagrant délit et puni pour sabotage.
Mais un jour, après le récit d’un énième tour joué aux Allemands, Erwan, adolescent, a dit à son grand-père : « Pépé, les histoires que tu nous racontes sont toujours destinées à nous faire sourire mais tu ne me feras pas croire que tu n’as pas vécu des moments très durs. »
« Bien sûr, lui a-t-il répondu. La faim, le froid… »
Il a alors décidé de lui raconter une épreuve terrible, jamais évoquée auparavant devant sa famille.
Dans un Kommando, ne supportant plus le rude labeur imposé, les détenus refusèrent de travailler, prétextant tous une rage de dents.
Face à cette main-d’oeuvre subitement inapte au travail, atteinte du même mal, les gardiens du camp trouvèrent le moyen imparable de faire rentrer les réfractaires « dans le rang ». Ils désignèrent une dizaine de prisonniers auxquels ils allaient prodiguer leurs « soins ». Marcel était de ceux-là.
Ils les emmenèrent dans une pièce, les attachèrent et arrachèrent avec une paire de tenailles toutes les dents des malheureux !
Puis ils ramenèrent les dix prisonniers édentés devant leurs camarades épouvantés. Marcel a précisé que le sang avait coulé pendant plusieurs semaines.
« Alors, que s’est-il passé après ? » a demandé Erwan, atterré.
« Alors on a travaillé. » a répondu son grand-père.
L’exemple fut probant. La résistance avait été matée. Jamais plus personne ne se plaignit de maux de dents.
Des mois plus tard, à Hambourg, voici ce que Marcel imagina : il négocia avec un dentiste allemand l’échange d’une maquette de bateau réalisée avec un de ses camarades contre un dentier.
Il a certainement voulu garder une trace de cette réalisation puisqu’il a rapporté dans sa valise en bois, fabriquée par lui en Allemagne, la photo de cette très jolie maquette, précieusement rangée avec ses documents de prisonnier.
C’est un petit miracle qu’il ait pu rapporter ce souvenir de Hambourg, bombardée et en ruine, jusqu’au Guilvinec.
La maquette a-t-elle disparu dans les bombardements ?
Orne-t-elle encore aujourd’hui un intérieur allemand ?
Si c’était le cas, son propriétaire aurait-il gardé la mémoire de son origine ?
Objets fabriqués après le retour de captivité
Les pendules
Un « Ancien » de Rawa-Ruska, Monsieur Le Brun, de Baud dans le Morbihan, a fabriqué 6 pendules, Monsieur Grimault et Monsieur Tropée en possédaient chacun une, comme vous le voyez sur ces photos.
Sur chacune d’elles figurent le nom, le prénom, le numéro matricule, et les dates de détention dans le camp de Rawa-Ruska.
Ce cadre a été réalisé par Joseph Dréano, interné-résistant à Rawa-Ruska. On ne connaît pas l’époque à laquelle il a été réalisé, ni dans quelles circonstances. Tous les documents concernant Joseph Dréano ont été déposés au Musée de la Résistance de Saint-Marcel, qui a eu l’amabilité de les communiquer à notre association.
Ce poème a été écrit par Joseph Dréano, interné-résistant à Rawa-Ruska, et transmis au Musée de la Résistance de Saint-Marcel par son beau-frère Monsieur Lenormand.
LES EVADES
Epris de libertée
Des gars qu’ont pas eu de veine
On les a déportés
Quelquepart en Ukraine
Vêtus comme des gueus et les pieds sans souliers
Ils supportaient le froid guettant une bouchée
Leurs maîtres étaient cruels martyrisant leurs corps
Ou finissant de tuer ceux qui trompaient la mort
Quand ils semblaient vaincus ils pensaient à la France
Et dans leurs cœurs meurtris renaissait l’espérance
Victimes du devoir qu’on accusait de crime
Toujours loyaux et fiers même au fond de l’abîme
Le lieu de leur supplice c’était Rawa-Ruska
Du camp de la mort lente tous ne reviendront pas
Il faut s’en souvenir ils ont bien mérité
Ceux qui ont tant souffert étaient des évadés
Les années ont passées
Mais il en reste encore
Ceux qui ont échapés
Aux tirs des miradors
Ils aiment à se revoir
Et malgré leurs cheveu blancs
Ils leur reste un devoir
C’est de guider les pas de leurs petits enfants
A RAWA-RUSKA 1942
JOSEPH DREANO
SOUVIENS-TOI